Dopage généralisé dans la course à pied ?

Et si finalement l’équivalent de l’affaire « Festina » dans le cyclisme professionnel était entrain de se dérouler sous nos yeux pour le monde de la course à pied!!!

Et si finalement, l’accumulation de « preuves », enfin de suspicions pour être précis à travers diverses enquêtes en Russie, aux USA, au Kenya, ne devrait il pas nous faire douter?

Et si finalement le secret des kényans c’était juste le dopage généralisé?

Sur les deux derniers mois, deux « affaires » dans la course à pied ont attiré mon attention.

3AiDlIPfLa première est en rapport avec Alberto Salazar avec son Nike Oregon Project. Le Nike Oregon Project a été créé en 2001 par le vice président de l’équipementier sportif américain Nike, Thomas E. Clarke.

En effet, fatigué du manque de performance des athlètes américains en course à pied sur longue distance depuis les années 80, avec les moyens financiers de Nike, il décide de monter une équipe de jeune athlète américain avec l’aide du triple vainqueur du Marathon de New York City (1980 / 1981 / 1982), Alberto Salazar.

Le savoir faire d’Alberto Salazar combiné aux technologies modernes, dont la plus spectaculaire est surement la maison en hypoxie (les athlètes vivent dans une maison à Portland avec une atmosphère contrôlée pour simuler une altitude de 3600 mètres) donnent des résultats probant avec des athlètes comme Mo Farah (le britannique qui fait exception à la règle mais avec une médaille d’or sur 5000 m et 10000 m aux Jeux Olympiques 2012 et Championnat du monde 2013 et Championnat d’Europe 2014), Galen Rupp (médaille d’argent sur 10000 m aux Jeux Olympiques 2012), Kara Goucher (Médaille de bronze sur 10000 m au championnat du monde 2007),…

Sauf que selon une enquête réalisée par ProPublica et la BBC (reportage vidéo en découlant : Catch Me If You Can) et publié en Juin 2015, il semble qu’un des secrets du Nike Oregon Project serait plutôt les prescriptions médicales pour des maladies imaginaires. Cette investigation se basse sur les témoignages de Steve Magness qui était en 2012 un des entraîneurs assistants et conseillers scientifiques sur le Nike Oregon Project ainsi que de Kara Goucher qui a fait partie du projet durant 7 années. Le système semble basé sur le contournement des contrôles anti dopage en utilisant des médicaments contre l’asthme (supprime les douleurs et améliore la VO2max) et hypothyroïdie (amélioration de la masse musculaire et de la force avec la testostérone). Il suffit donc d’avoir un médecin complaisant  pour obtenir une ordonnance pour ces médicaments pour se les procurer mais surtout pour justifier auprès des agences anti-dopages des éventuels contrôles médicaux. La raison médicale a alors bon dos pour justifier un système de dopage « légal ». Les bruits de couloir expliquent qu’être rapide n’est pas le seul critère de sélection pour rentrer dans cette équipe, il semble bien vu d’avoir également une ordonnance pour des problème d’asthme et de thyroïde.

Sur les 3 dernières années, Kara Goucher et au moins 6 autres ex membres de l’équipe du Nike Oregon Project ont témoigné auprès de l’agence américaine anti-dopage, mais en même temps la porte parole de cette même agence explique que Rupp a été contrôlé 28 fois en 2013 (l’américain le plus contrôlé cette année là) sans jamais avoir de résultat positif.

Alberto Salazar se défend en expliquant qu’aucun de ses athlètes utilise la raison médicale contre l’esprit du sport qu’il aime…

Pourtant, Steve Magness explique que Galen Rupp était sous traitement médical de testostérone (hypothyroïdie) et de prednisone (normalement utilisé contre l’asthme) en 2002 (à 16 ans quand il était encore au lycée) à la demande Salazar sans nécessité médicale, avec « preuve » à l’appui à travers des résultats sanguins « anormaux » annotés de la mention « traitement testostérone »…et Kara Goucher explique qu’elle a assisté au briefing de Rupp sur les symptômes à donner au médecin pour obtenir l’ordonnance « magique »…elle explique également qu’en 2010 Alberto Salazar lui a conseillé de prendre du Cytomel (une hormone synthétique de le thyroïde prescrit pour les problème d’hypothyroïdie) pour perdre du poids après la naissance de son enfant, Salazar lui ayant donné une boite de pilules dont l’étiquette avait été retirée…

Dans le reportage de la BBC, le champion britannique Mo Farah n’est pas impliqué dans les allégations de dopage, mais le Daily Mail nous explique qu’il a manqué 2 contrôles anti-dopage avant les Jeux Olympiques de Londres…au troisième contrôle manqué, il risquait une suspension pour 4 ans…

La seconde enquête, nous vient d’Allemagne et du Royaume Uni. Le Sunday Times et la chaîne de télévision allemande ARD/WDR ont eu accès à 12000 résultats des contrôles sanguins de 5000 athlètes réalisés entre 2001 et 2012, pour réaliser le document : Doping – Top Secret : the Shadowy World of Athletics.

Ces résultats ont été analysé par deux spécialistes australiens de la lutte anti-dopage que sont Robin Parisotto et Michael Ashenden.

Leurs conclusions semblent incroyables:

  • un tiers des médailles distribuées pour les épreuves d’endurance (800 mètres et plus) pendant les Jeux Olympiques et les Championnat du Monde entre 2001 et 2012, l’ont été à des athlètes présentant des contrôles suspects. Soit tout de même 146 médailles dont 55 en or…
  • parmi ces 146 médaillés « suspectes », 80 sont de nationalité russe et 18 sont kényans.
  • plus de 800 athlètes (soit un sur sept) présentent des résultats sanguins suspects suggérant l’utilisation d’EPO ou d’auto-transfusion.

Même si les deux scientifiques australiens reconnaissent eux-même que cela reste des suspicions et non des preuves, ceci est tout de même troublant.

Surtout que le reportage allemand est la suite d’un premier reportage de terrain fait en Russie qui témoignage à l’appui semble prouver que le dopage est généralisé dans le monde de l’athlétisme russe…

La seule bonne nouvelle de cette enquête est que les deux étoiles mondiales Usain Bolt et Mo Farah ne présente pas de résultat sanguin suspect…bon après Lance Amstrong qui a bien aidé l’UCI a développer le cyclisme en Amérique du Nord était clean lui aussi jusqu’à peu de temps…

En parlant de cyclisme, les auteurs de l’enquête expliquent que la lutte anti-dopage dans la course à pied est aujourd’hui au même stade qu’elle l’était dans le monde du vélo avant l’affaire Festina…ça fait peur…

Le journaliste allemand, Hajo Seppelt, a obtenu les enregistrement audio de deux athlètes féminines russes reconnaissant leur utilisation de produits dopants, mais aussi le témoignage de Rita Jeptoo (ayant gagné le marathon de Boston et de Chicago) qu’elle n’a jamais eu de contrôle anti-dopage au Kenya depuis 2006 avant son contrôle positif à l’EPO en Septembre 2014…

Malheureusement, la réponse des autorités compétentes comme la IAAF ou AK (Athletics Kenya) semble plus dans la judiciarisation de la question en attaquant les auteurs de l’enquête pour vole de données informatiques ou le dénigrement des compétences scientifiques des deux australiens…que dans le renforcement des contrôles.

Depuis 2009 et la généralisation du passeport biologique, l’IAAF a sanctionné uniquement 37 athlètes (dont 23 russes pour info…), ça semble peu tout de même…

Bon il faut reconnaître que les instances mondiales de la course à pied semble vouloir faire un peu le ménage, par exemple la russe Liliya Shobukhova qui avait déjà été suspendu deux ans en Janvier 2013, vient de voir sa suspension prolongée de 14 mois, le Jeudi 6 Août 2015 et avec le retrait de tout ses titres gagnés depuis 2009 soit tout de même une première place sur le Marathon de Chicago en 2009,2010 et 2011 ainsi que la première place sur le Marathon de Londres en 2010 et la seconde place sur l’édition de 2011 (et pour alourdir les conséquences, l’organisateur du Marathon de Londres va engager une procédure judiciaire pour récupérer les primes de course). Mme Shobukhova étant déjà suspendu par la fédération russe et âgée de 37 ans, ça ressemble un peu à de l’acharnement pour faire écran de fumé.

Les organisateurs des 6 marathons inclus dans le « Abbott World Marathon Majors (Tokyo, Boston, Berlin, New York, Chicago et Londres) veulent mettre les moyens financiers pour augmenter les contrôles hors compétitions…affaire à suivre…

Dans tout ça mon sentiment personnel, si je peux me permettre de le donner, c’est que pour les athlètes professionnels, courir c’est leur travail, leur gagne pain, il semble donc logique ou humain de vouloir faire le funambule sur la ligne jaune de la légalité ou voir même de la franchir de temps en temps sans se faire prendre. D’autant plus si la « police » est inefficace voir complaisante par manque de moyen ou par volonté de ne pas entraver le développement économique et marketing du sport en question (droits télévisuels, équipementiers,…). La lutte anti-dopage aura toujours un train de retard par définition, on ne peut pas trouver ce qu’on ne cherche pas et on ne peut pas chercher ce qu’on ne connait pas encore…

Par exemple voici un reportage sur la réalisation d’un test sur l’utilisation de micro dose d’EPO…plutôt efficace et indétectable…

Et puis, il faut être honnête, nous dans notre propre travail, ne sommes nous pas également dopé avec nos béquilles telles que le café, le guronsan, l’héroïne,…

Voilà tout ça pour dire que je n’approuve pas le dopage dans le milieu professionnel mais je peux le comprendre. Par contre dans le monde amateur (et il faut pas faire l’autruche), je le comprend vraiment pas…quel est l’objectif?!? fanfaronner sur Facebook ? Il ne faut pas oublier que toutes ces pratiques « médicales » ne sont pas sans risque, pour rappel le coureur amateur kenyan Geoffrey Tarno qui est mort en 2013 au kilomètre 40, alors qu’il était leader du Marathon de Kimbilio Hospice, d’une embolie pulmonaire suite à un caillot sanguin…est fortement soupçonné d’avoir utilisé de l’EPO pour augmenter son hématocrite… d’autant plus que ce marathon était son second marathon et qu’il n’avait pas terminé le premier…

Tous pourris les athlètes que nous admirons…je ne sais pas…mais comme ils repoussent chaque jour les limites physiques de leur corps un peu plus à l’entrainement, il est aussi possible qu’ils repoussent les limites du dopage « légal »…

Et ce n’est pas terminé cette course à l’armement, le prochain gros dossier devrait être le sportif OGM (organisme génétiquement modifié). Des équipes de scientifiques (principalement chinoises et un peu australiennes) sont à la recherche des gènes « nécessaires » pour performer dans chaque sport…une fois les différents gènes identifiés, pourquoi ne pas faire de la thérapie génique pour transformer un cadet chinois en espoir capable de terminer le marathon en moins de 2 heures ?


Une réflexion sur “Dopage généralisé dans la course à pied ?

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