To Listen or not to listen? That’s the debat!

running with_musicDepuis que le jogging est devenu à la mode en changeant de nom pour le running, un des grands sujets de discussion est sur l’opportunité d’écouter de la musique en courant et même maintenant de l’interdire sur les compétitions officielles.

Ce débat est revenu encore plus fort après un sujet mal travaillé du journal de TF1 le soir du semi-marathon de Paris en 2015, Claire Chazal introduisant le reportage en annonçant que la FFA (Fédération Française d’Athlétisme) interdit dorénavant les « Walkman » (apparemment Claire continue de vivre dans les années 80) sur les compétitions de course à pied et le reportage part sur une course organisée ce week end là dans la région de Nantes qui interdit d’écouter de la musique avec des écouteurs pour des questions de dopage…

Les réseaux sociaux s’emparent du sujet avec les « pour » et les « contre » avec des arguments pour la plupart lancés dans le vide sans explications ou justifications : « La musique est un dopant qui augmente les performances de 15% » ; « Mais moi je ne peux pas courir sans musique » ; « C’est dangereux car les gens sont dans leur monde et ne font plus attention aux autres » ; « Moi ça m’aide pour passer les moments difficiles et ne pas abandonner » ; …

Bon ok, la musique « ce n’est pas bien », mais au niveau de la réglementation fédérale, on dit quoi :

Donc voilà tous nos mélomanes coureurs rassurés pour leurs prochaines échéances sportives, par contre au moment des inscriptions, il faut toujours lire le règlement de l’épreuve, rien n’empêche l’organisateur d’interdire les écouteurs comme il peut obliger les participants à porter le maillot « offert »…

D’accord en France ce n’est pas interdit mais à l’étranger alors ? Il semble que la réglementation soit la même qu’en France. Mais avec une nuance avec les USA où même si la fédération locale, USA Track & Field, n’interdit pas les écouteurs en compétition hors stade mais encourage les organisateurs à le faire eux même, et effectivement de nombreuses courses mentionnent dans leur règlement cette  interdiction.

Par exemple, pour le « Grandma’s Marathon » à Duluth dans le Minnesota, le règlement stipule cette interdiction et les organisateurs la font respecter à la lettre avec collecte des lecteurs mp3 sur la ligne de départ qui sont expédiés par courrier le lendemain chez leur propriétaire. Et pour les resquilleurs, c’est l’élimination directe, comme en Juin 2007 avec 30 disqualifiés (http://mobile.nytimes.com/2007/11/01/sports/01iht-run.1.8142612.html?pagewanted=all&referrer=&_r=1)

De nombreuses autres courses l’interdisent aussi dans leur règlement mais ne sont pas aussi tatillonnes dans l’application. C’est plus une question de police d’assurance. Si un coureur se blesse ou blesse un autre participant et qu’une des assurances (organisateur, coureurs) incombe un pourcentage au fait d’avoir été distrait par la musique, l’organisation pourra toujours se protéger derrière son règlement.

Bon pour être honnête, je trouve que cela ressemble beaucoup à l’obligation de fournir un certificat médical de moins d’un an pour reporter la responsabilité sur le médecin en cas de gros pépin mais sans s’occuper du sérieux du médecin en question (signer un certificat après 10 squats et vérification du pouls ça existe encore malheureusement) où des reventes de dossard…mais après comment faire passer un test d’effort ou même juste un électrocardiogramme aux 40000 participants du Marathon de Paris sans rallonger la queue pour récupérer les dossards de deux à trois semaines, mais là je m’éloigne du sujet du jour…

Alors ok, la réglementation ne l’interdit pas, mais qu’en est-il des arguments des « contres » en ce qui concerne la sécurité et le dopage. Je ne vais pas parler de l’argument « communion avec la nature », car pour moi cela n’en est pas un : tout le monde n’a pas la chance de pouvoir courir dans la forêt ou nos campagnes verdoyantes au quotidien pour profiter des chants des oiseaux et au final chacun a le droit de vivre sa pratique du jogging comme il le souhaite. Comme je ne vais pas non plus parler de l’argument sociologique du partage avec les autres participants pendant les compétitions, chacun est libre de vivre sa course comme il veut, de gérer la pression du départ à sa guise : en écoutant le dernier album de Maxime Le Forestier ou en parlant météo avec son ami éphémère de sas.

Commençons par la sécurité en différenciant les entraînements des compétitions.

En s’entraînant en écoutant de la musique, le coureur serait moins attentif aux bruits des dangers l’entourant, pour être plus directe des véhicules motorisés… Soyons francs, je connais peu de gens qui s’entraîne sur la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute mais plus sur les trottoirs de nos villes ou les petites routes de nos campagnes.

Courir avec ou sans musique ne doit pas rendre aveugle et cela ne dédouane pas le piéton de regarder avant de traverser une rue (et ceci s’applique aussi aux piétons qui marchent écouteurs sur les oreilles ou en envoyant un sms).

Oui d’accord mais quand il n’y a pas de trottoir et qu’il faut courir sur la chaussée ? Déjà on peut considérer que c’est peut être aux voitures, motos, tracteurs de faire attention et de s’écarter des 150 cm réglementaires. Après moi, j’ai l’habitude de courir à gauche de la chaussée et non à droite pour ainsi voir les voitures arriver, et de prendre les virages à l’extérieur de la corde (donc à gauche de la chaussée) pour éviter le danger des automobilistes serrant trop leur virage pour gagner 3 secondes (bien entendu je vérifie visuellement la route avant de traverser). Cette partie du débat me fait grandement penser à la nouvelle interdiction depuis le 1er Juillet 2015 des écouteurs en vélo…avec la justification que cela empêche d’entendre les dangers environnants : mais donc les sourds ont interdiction de pédaler ? Les voitures électriques sont illégales ? il faut mettre des clochettes à tous les piétons pour les entendre traverser la rue le regard fixé sur la vidéo de chat qui pète de leur smartphone ?

Pour la compétition, les arguments des « contre » sont sur la sécurité entre coureurs eux même et les coureurs et les véhicules de secours de la manifestation. Pour ces derniers , je dirais que c’est leur « métier » de faire attention aux gens, on peut avoir confiance dans leurs capacités et savoir-faire, et personnellement je n’ai encore jamais observé sur une course, un véhicule de secours bloqué par un coureur en plein tripe sur un solo de guitare de Kurt Cobain. Pour améliorer la sécurité des compétitions, on devrait plus se poser les bonnes questions avant de vouloir condamner les écouteurs : Pourquoi il y a de plus en plus de gens qui s’écroule après le 15ème km des semi-marathons ou le 30ème km des marathons ? Les ravitaillements des deux côtés et en ligne droite? Les goulots d’étranglement au début du parcours ? Le marquage des îlots centraux ?

En ce qui concerne la sécurité entre coureurs, comment dire, cela s’appelle du savoir vivre ensemble, et aucune expérience sociologique a prouvé que l’absence d’objet dans les oreilles permet d’en créer…avec ou sans écouteurs il faut regarder sur les côtés avant de couper un virage, avant de se ruer sur la table de ravitaillement, avant de jeter son gobelet sur le côté (ça c’est encore un autre débat), avant de cracher,…et quand on est à bout de force, on évite d’arrêter son effort au milieu du peloton…

Et je me demande encore si la musique est dangereuse pour les coureurs, pourquoi l’organisation place des groupes de musique tout le long du parcours sur de nombreuses courses, cela peut tout autant distraire les participants, masquer le bruit de moteur de l’ambulance,…et en allant plus loin les encouragements du public aussi, la recherche de madame ou monsieur au bord de la route pour un petit bisou d’encouragement également,…

Après pour nuancer ce plaidoyer pour la non interdiction de la musique en courant, je voudrais signaler qu’il y a différents types d’écouteurs : les écouteurs intra-auriculaires qui si le volume sonore est réglée dans le respect de l’intégrité du tympan, n’empêchent pas d’entendre son environnement et il y a les « casques » qui de par leur fabrication sont fait pour isoler du bruit de l’environnement. Et ne parlons pas des nouveaux casques avec réducteur de bruit intégré de plus en plus efficace…

Le second argument est sur une qualité dopante que la musique aurait sur le sportif, avec toujours cet argument de 15% de performance en plus…mais d’où vient ce chiffre ?!?

Quand le Walkman s’est généralisé, les entraîneurs d’athlétisme étaient vent debout contre, avec l’argument que cela perturbe l’athlète dans la perception de l’effort,  d’être à l’écoute de son corps, de contrôler son allure, son rythme cardiaque, sa foulée…et ils n’avaient pas tort, on avait pas de montre accéléromètre, GPS cardio-fréquencemètre pour nous indiquer tout ça et ainsi nous empêcher de garder de l’envie de suivre le rythme du dernier Metallica.

Marathon-ParisSi la musique améliore les capacités physiques pourquoi est-ce que les premiers sur le marathon de Paris en avril dernier ont terminé avec les oreilles libres d’écouter les encouragements de la foule, si c’est autorisé comme dopant pourquoi ne pas enfin casser ce plafond de verre que représente la barre des 2h00 sur marathon…d’après les anti-musiques et leur argument de 15% de performance en plus, le record mondial du marathon est à porté d’écouteurs…

Bon alors partons à la recherche de ces fameuses études qui indiquent que la musique dope les performances physiques de 15%…car finalement on en parle mais on les voit jamais…

Costas-Karageorghis-1Alors le spécialiste en la matière c’est le Dr Costas Karageorghis qui est chercheur en physiologie du sport au sein de l’Université Brunel de Londres, avec des centaines de publications à son actif que vous pouvez trouver ici : http://bura.brunel.ac.uk/simple-search?query=costas+karageorghis&submit=Go

En 1997, il réalise une revue des recherches passées sur le sujet des interactions entre la musique et le sport (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3339578/ ; http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3339577/) .

En 2011, avec son collègue Peter C.Terry de l’université du Queensland en Australie, il publie les résultats de ses recherches sur les effets de la musique sur la pratique du sport (Psychophysical Effects of Music in Sport and Exercise : An Uptade on Theory, Research and Application )

Peter C. Terry et Costas Karageorghis ont aussi publié un livre ensemble en 2010 sur la psychologie du sport : « Inside Sport Psychology »

L’ensemble de ces publications sont intéressantes mais pourtant à aucun moment on parle d’une augmentation des performances de 15% en compétition. Leur conclusion est que la musique a une influence sur le sportif par 4 intermédiaires

  • Le rythme : phénomène naturel de réponse du corps humain au tempo mesuré en bpm (beats per minute) qui va caler ses mouvements sur celui-ci, pour bien faire il semble qu’il faut caler le bpm 5% en dessous du rythme cardiaque visé pendant l’entrainement.
  • La musicalité : les harmonies, la mélodie
  • La charge culturelle : par exemple le Haka pour les rugbymen du pacifique sud
  • Les associations : avec des souvenirs heureux comme « I will survive » après la coupe du monde de football 1998, la musique de Rocky « Eye of the Tiger »,…

Selon eux, les bénéfices potentiels sont :

  • Amélioration du moral
  • Contrôle de l’excitation
  • Moyen d’évasion
  • Réduction de l’impression de fatigue
  • Améliore l’acquisition du savoir-faire (il faudrait en parler à l’éducation nationale alors !!!)
  • Un plus grand temps de travail
  • Améliore les performances

Mais toujours pas de chiffre, finalement est ce que tout ça ne se résume pas à : j’occupe mon cerveau avec de la musique pour éviter qu’il pense trop que s’entraîner, répéter jour après jour la même routine c’est ennuyeux et par le même temps lui faire oublier la fatigue et les douleurs plus ou moins importantes…finalement comme quand on écoute de la musique en avion (et pourtant personne va dire que l’avion va plus vite si les passagers écoutent de la musique), que l’électricien écoute RMC en travaillant, ou que madame repasse le linge en regardant « Plus belle la vie » à la télévision (ne pas y voir de propos machistes).

Pour expliquer la proportion plus importante des « écouteurs » dans le fond du peloton de coureurs sur les compétitions, Dr Karageorghis différencie les « Associateurs » des « Dissociateurs ». Les coureurs élites auraient tendance à se concentrer sur eux-mêmes pendant l’effort, ils seraient donc « Associateurs » au contraire des coureurs récréatifs qui seraient à la recherche de distractions extérieures pour se relancer physiquement…

Dr Karageorghis conseille aussi de réserver sa playlist pour la fin de course plutôt que de la démarrer dès le départ et ainsi garder l’effet « boost » quand le coureur récréatif en a le plus besoin.

Finalement la musique au lieu d’être du dopage légale, et si c’était seulement une béquille psychologique pour les gens pas assez fort mentalement/assez motivés pour « se faire mal » comme on dit dans le milieu sportif ? Toutes ces études sont beaucoup plus subjectives, psychologiques que ce à quoi je m’attendais pour un « produit dopant »…finalement pourquoi ne pas prend pas 100 coureurs et le même parcours de semi-marathon à un mois d’écart, une fois avec musique et la seconde fois sans musique…l’idée parait si simple et logique qu’il est possible de se dire que cela a été réalisé mais surement pas concluant…

Avec toute cette lecture scientifique que je viens d’effectuer je voudrais partager quelques résultats intéressants :

  • Il semble que les hommes sont plus sensibles que les femmes aux basses fréquences (McCown et al. 1997)
  • Les extraverties semblent mieux répondre que les introverties à une musique dynamiques (Crust & Clough, 2006)

Dr Karageorghis possède sa notoriété dans le monde du running anglophone pour fournir des listes « idéales » de chanson suivant votre activité physique  après une étude sur la base de donnée de Spotify et les 6,7 millions de playlist mentionnant le mot « workout » il a déterminé que :

  • La Pop est idéale pour les échauffements, le retour au calme et les exercices de fitness
  • Le Rock est déconseillé pendant l’effort à cause des changements fréquents de rythme dans la même chanson
  • La Dance doit s’écouter pendant les exercices de force : musculation, fractionné,…
  • Le Rap et le Hip-hop est à privilégier pendant les étirements et l’endurance fondamentale

Bon voici quelques exemples qu’il donne (qui ne colle pas toujours avec la classification ci-dessous !?!?)

Titre de chanson Artiste Rythme (BPM) Genre Activité
Roar Katy Perry 92 Pop/Rock Conditionnement
Talk Dirty Jason Derulo 100 R&B Etirements
Skip To The Good Bit Rizzle Kicks 105 Hip Hop/Rap Etirements
Get Lucky Daft Punk ft. Pharrel Williams 116 Disco / Funk Echauffement, fitness
Move Little Mix 120 Pop Echauffement, fitness
Need U 100% Duke Dumont 124 House Cardio (faible intensité)
You Make Me Avicii 125 House Cardio (faible intensité)
Timber Pitbull ft Ke$ha 130 Pop Cardio (intensité moyenne)
Applause  Lady Gaga 140 Pop Cardio (forte intensité)
Can’t Hold Us Macklemore & Ryan Lewis ft. Ray Dalton  147 Hip Hop/Rap Cardio (très forte intensité)
Happy Pharrell Williams 160 Pop Cardio (très forte intensité)
The Monster Eminem ft Rihanna  110 Hip Hop/Rap Force
Love Me Again John Newman 126 Pop Force
It’s My Party Jessie J 130 Dance/Pop Force
Burn  Ellie Goulding 86 Pop Retour au calme

Pour conclure, les arguments des « contres » semblent peu concluant ou tout du moins pas documentés (si j’ai omis un article, je vous remercie d’avance de le partager avec nous dans les commentaires), la musique semble plus agir sur les capacités mentales que physiques et n’est pas plus un dopant que vos proches qui vous encouragent pendant votre performance…Mon avis personnel est que ce sujet est entretenu par les « joggeurs » du « c’était mieux avant » quand la mode n’avait pas donné naissance au « running » et ses nombreux fans…

Pour terminer je voudrais partager avec vous 2 chansons dans ma playlist pour mes sorties longues et qui ont l’avantage de parler de la course à pied :

Ben Mazué avec « L’homme modeste »

Da Silva avec « Le coureur de fond »


4 réflexions sur “To Listen or not to listen? That’s the debat!

  1. Très intéressant et très documenté (comme les autres articles d’ailleurs : dopage par ex).
    Au début je ne pouvais me passer de musique pour courir, cela maintenant plusieurs années que je cours sans, je n’en éprouve plus le besoin. Je n’ai plus besoin de cet effet de « boost » ou de motivation pour finir un petit jog’ de 5km.

    J'aime

    1. Merci beaucoup, j’aime pas trop lire des articles qui affirment des choses sans donner les sources, et c’est fréquent dans le running, alors j’essaye de mon côté de donner le plus de références possibles comme ça chacun peut se faire sa propre opinion.
      Pour ce qui est de la musique, de mon côté j’aime bien les deux en fonction de mon humeur, d’où je cours, la météo…et par contre pour une course, j’ai besoin de la musique pdt l’échauffement et l’attente dans le sas pour être dans ma bulle ;-).
      Si tu veux maintenant, j’ai une page sur Facebook : https://www.facebook.com/RunningRebbot
      Bonne continuation à toi et merci encore

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s